
Je décidais, sous la pression grandissante de ma chère Yesica, de m’inscrire à la salle de sport du bord de mer.
Je ne devais pas le regretter, non pour la croissance de ma masse musculaire qui égalait en intensité celle du pissenlit privé d’eau, mais pour l’univers que j’allais y découvrir.
La salle de musculation est un temple. Les adeptes, que je baptisais affectueusement « musculeux », y communient ensemble dans une joyeuse fraternité contemplative qui n’est pas sans rappeler l’Ordre des Chartreux de Saint Bruno.
Les communiants y sont cependant plus chevelus, ce qui n’enlève rien à leur mysticisme, et plus musclés. Le vœu de silence y est remplacé par un vœu de beuglement dont chaque adepte maitrise la sémantique, le minutage et l’intonation.
On brame pour soulever des poids ou pour motiver ses compagnons à le faire. Ces prières originales et multiformes se font toujours à deux et chatouillent systématiquement ma curiosité d’anthropologue dilettante.
« T’es un monstre ! »
« Ouais ! »





